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Les loyalistes et le premier Eastern Township à Dunham

Ceci est le second article d’une série sur l’histoire de Brome-Missisquoi par l’historien Laurent Busseau.

L’arrivée des loyalistes durant la Révolution américaine (1777-1783)

Le Traité de Paris de 1763 entraine la création de la Province of Quebec par les autorités militaires britanniques. Le terme juridique latin pro vincere signifie «pays conquis», signifiant que le territoire de l’ancienne Nouvelle-France devient officiellement colonie américaine de sa Majesté d’Angleterre. De 1763 à 1775, le territoire abénaquis au sud-est de la rivière Richelieu (Cantons-de-l’Est actuels) demeure une zone non colonisée. Encore sauvage, l’espace de chasse abénaquis est maintenu comme une zone tampon entre les «Treize colonies» américaines et la Province of Québec.

Avec la Révolution américaine en 1775, les autorités militaires britanniques établissent un contrôle militaire sur les voies de communication du lac Champlain et de la rivière Richelieu. L’arrivée des premières familles loyalistes dans la baie Missisquoi dans la seigneurie de Saint-Armand dès 1777, permet de créer des régiments coloniaux (King’Royal Regiment et Rangers) contre les incursions américaines autour du lac Champlain.

 

Implantation illégale dans la Seigneurie de Saint-Armand (1783-1792)

Après la fin de la guerre d’indépendance, les loyalistes sont réfractaires au système seigneurial français. De 1783 à 1792, les officiers loyalistes exercent une forte pression sur le gouverneur britannique Frédérick Haldimand (d’origine suisse francophone) pour obtenir des terres dans le territoire sauvage abénaquis. Plusieurs villages loyalistes sont fondés illégalement sur la frontière avec une population  de 500 à 600 personnes en 1791 qui se répartissent entre Philipsburg en 1784, Pigeon Hill en 1788,  Saint-Armand centre en 1788 , Saint-Armand Ouest en 1789 puis Frelighsburg en 1790.

En réalité, les 8000 loyalistes qui émigrèrent de l’État de New-York vers le Québec ne voulurent pas s’installer le long de la vallée du Saint-Laurent, où les francophones y vivaient majoritairement sur les terres disponibles. De plus, ces loyalistes américains, majoritairement protestants d’origine hollandaise, refusèrent d’être soumis aux lois du régime seigneurial français toujours en vigueur. Ils réclamèrent l’octroi de «terres de la Couronne», libres de toutes redevances et soumises au droit anglais, gérés comme Townships.

Le terme anglais Township (canton en français) définit un espace territorial quadrilatère de 16 km par 16km  (10 milles par 10 milles) en pleine terre. Un canton adjacent à un cours d’eau navigable mesure 14,5 km de large sur 19,2 km de profondeur. Le canton est exempt de droit de propriété, contrairement à une seigneurie. 1/7 est réservé à la Couronne et un autre 1/7 au clergé anglican. Chaque canton est subdivisé en 304 lots de 200 acres (80 hectares). Une concession de terre se vend entre 10 et 12 shilling l’acre pour un canton de dimension régulière en 1796.

 

Le premier Township de Dunham établi par Thomas Dunn en 1796.

Conformément à la Proclamation royale de 1791, le général anglais Alured Clarke, (Lieutenant-gouverneur du Bas-Canada de 1790 à 1796) ouvre des nouvelles concessions dans le territoire abénaquis, qui devient  Eastern Townships en opposition aux Western Townships du Haut-Canada (Ontario actuel). Clarke va créer quatre districts de dénominations anglaises comme Bedford.

Thomas Dunn est nommé juge auprès du Conseil exécutif par le gouverneur Lord Dorchester, Guy Carleton, en 1776. Comme plusieurs hauts fonctionnaires britanniques, il rachète à la Couronne anglaise pour 400 livres anglaises la seigneurie de Saint-Armand (propriété confisquée à l’arpenteur royal français François Levasseur) en 1786.

En 1788, il fait arpenter la superficie où des loyalistes revendiquent les terres. En 1791,les loyalistes et Thomas Dunn négocient une entente de rachat des terres, assurant à chaque partie un arrangement gagnant. Après avoir déposé sa requête au Conseil des terres en 1792, il obtient finalement le droit de sa concession en 1796 créant ainsi le premier «Township» de Dunham. Le nom de Dunham vient d’un village du même nom dans le Comté de Bedford en Angleterre, peut-être choisi par le juge Dunn en rapport à son nom.

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