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Prisonniers de guerre allemands jouant aux échecs, Camp 40, Farnham, Quebec, Canada, November 1945. Crédit : Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-213875
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Des prisonniers militaires allemands dans Brome-Missisquoi 1940-1946
Art et culture

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Par Laurent Busseau 12 mars 2018

Appartenant au Dominion britannique, le Canada entra en guerre en septembre 1939. L’Angleterre, par souci pour sa sécurité, envoya dans ses anciennes colonies des prisonniers de guerre allemands pour éviter des insurrections et une guerre sur son territoire. Dès le 10 juin 1940, le Canada reçoit 3000 prisonniers de guerre allemands, les POW (Prisonner of War), au lendemain de la défaite des troupes françaises.

Le Canada accepte plus de 35 000 prisonniers allemands de 1940 à 1946 qui sont répartis dans une vingtaine de camps sur le territoire, dont celui de Farnham en Montérégie, contre 8 000 soldats canadiens captifs en Allemagne Nazie. Chaque camp canadien est codé par une lettre ou un numéro par lesquels chaque POW doit s’identifier à chaque correspondance et documents de la Croix Rouge, cette dernière étant responsable du respect des Conventions de Genève établi en 1929 par la Société des Nations.

La municipalité de Farnham est devenue une zone militaire sous haute surveillance, à cause de la présence discrète d’un camp de prisonniers allemands. Ouvert en octobre 1940, ce camp se trouvait sur le terrain de la station expérimentale de la Dominion. Sur 1098 prisonniers allemands répertoriés au Québec, Farnham comptait environ 200 prisonniers à la fin du conflit.

Principalement composé d’officiers de l’armée du IIIe Reich, le camp spécial 42 de Farnham n’était pas un endroit de salubrité exemplaire pour ces nouveaux occupants. De nombreuses plaintes vont parvenir au Consul de Suisse représentant la Croix Rouge, à l’exemple de l’officier allemand Schlichting, qui écrit « Le camp de Farnham par sa laideur et son manque d’aménagement, est déprimant au plus haut point…Je proteste donc officiellement contre notre transfert dans ce camp et réclame notre envoi dans un autre endroit qui respecte davantage les articles de la Convention de Genève au sujet des prisonniers de guerre».

De 1944 jusqu’à sa fermeture en mai 1946, le camp va fournir de la main-d’œuvre germanique aux agriculteurs québécois des environs. Cette main-d’œuvre bon marché fournit gracieusement par l’armée canadienne, a marqué les esprits des fermiers de l’Estrie. Bon travailleur et bien discipliné, la plupart des officiers allemands étaient envoyés dans les fermes sur une base volontaire, où selon la convention de Genève, Ils devaient être logés, nourris et rémunérés de 50 cents par jour.

Sous la responsabilité des agriculteurs locaux et contraints par un couvre-feu strict, les prisonniers d’origine allemande ont parfois laissé une forte impression parmi leurs nouveaux gardiens ruraux. Sous l’uniforme militaire, on retrouvait des professeurs d’université, des ingénieurs, des marins, mais également quelques descendants de la vieille noblesse prussienne. Beaucoup de ces soldats parlaient un très bon français, au grand étonnement de leurs hôtes francophones, mais surtout au déplaisir des autorités militaires canadiennes, qui ne pouvaient communiquer qu’en anglais avec les prisonniers de guerre, à l’aide d’un interprète souvent allemand.

La réalisatrice Micheline Lanctôt, originaire de Frelighsburg, a exprimé toute l’ambiguïté de ces rapports entre prisonniers allemands et fermiers québécois dans son film romancé « La vie d’un héros » réalisé par Micheline Lanctôt. Cette fiction exprime la complexité cette période entre les prisonniers et leurs hôtes. Micheline Lanctôt rappelait fort justement que son histoire « parle avant tout du temps, de la mémoire, et non pas de l’Allemagne nazie ou de la guerre. Je n’ai pas écrit le scénario en tentant de justifier ma famille d’avoir éprouvé de la sympathie pour un prisonnier allemand. J’ai fait ce film contre la séduction de la guerre. Le véritable sujet du film, c’est cinquante ans de souvenirs qui ont mythifié un personnage, et la dure confrontation du mythe et de la réalité ».

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Laurent Busseau

Historien consultant sous le label Historien sans Frontière, Laurent Busseau est diplômé d'un M.A en Histoire et d'un certificat en journalisme (Université de Montréal). Conférencier auprès des Belles Soirées de l'Université de Montréal et l'UTA de l'Université de Sherbrooke, il a publié « Les Féniens arrivent.. histoire illustrée des invasions irlandaises 1866-1870 » et « Alcool, crime et prostitution sur la frontière à Frelighsburg » en 2016.

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